Le manifeste

 

Le secteur du spectacle vivant traverse, comme les autres, une tempête.
Nous, artistes de théâtre, membres de jeunes compagnies souvent précaires, sommes isolé·e·s, mis·e·s en concurrence, inquiet·e·s de l’avenir. Il devient de plus en plus difficile de créer, de se retrouver. Nous manquons de tout, parfois d’audace, et souvent d’espace.

Pour autant, nous ne sommes pas dupes, et nous ne sommes pas à part. Nous partageons les difficultés et les luttes de notre société. La destruction des services publics et les impératifs néolibéraux étranglent planète et humains. Ce contexte de violences physiques, psychologiques et idéologiques nous rassemble. Chaque secteur est frappé, chacun·e est concerné·e, et l’on voit partout s’organiser les luttes, les résistances et les actions. La société gronde.

« Les jeunes […] s’imaginent volontiers que les choses peuvent changer rapidement par de brusques révolutions. Non, les transformations se font avec lenteur, et, par conséquent, il faut y travailler avec d’autant plus de conscience, de patience et de dévouement. […] C’est de proche en proche, par petites sociétés aimantes et intelligentes, que se constituera la grande société fraternelle. »

Clara Koettlitz

Bruxelles, 12 avril 1895

Nous ne pouvons pas fermer les yeux. Ce grand soubresaut nous concerne ; il nous emporte et nous inspire.

Déjà, quelque chose est en mouvement. Sous l’impulsion de compagnies et de festivals, de nouvelles logiques de production et de décentralisation redonnent sens aux mots populaire et service public.
Notre Fédération s’inscrit dans cette dynamique. Elle a pour but de tisser les liens entre les initiatives existantes pour passer de la concurrence à l’émulation, de l’isolement à la discussion, de la rétention au partage.

Mais c’est toujours la même rengaine :

« Il n’y a plus d’argent. »

Nous mettons en commun les matériels, les stocks, les transports, les efforts. Nous repensons nos logiques de production. Puisque les pouvoirs publics continuent de se retirer, nous nous organisons de notre côté sans plus attendre.

« Oui, mais il n’y a pas de place pour tout le monde. »

Nous occupons de nouveaux lieux, partageons ceux qui peuvent l’être et nous créons partout où c’est possible. Nous n’attendons pas l’autorisation, nous la prenons.

Cette mutualisation de nos précarités fait notre force mais nous ajoutons :
Que nous ne nous en contenterons pas.
Que la discussion ne se terminera pas là, et qu’ensemble, nous
exigeons :
Une organisation économique du spectacle vivant et des dispositifs d’attribution des fonds en corrélation avec les réalités du terrain et les besoins des artistes.

Des tutelles et des institutions à la hauteur de leur mission de service public.
Des subventions réparties de manière plus égalitaire.
La fin du monopole des vieilles structures publiques et leur refondation selon les nouvelles nécessités d’aujourd’hui.
La fin de l’ère des appels à projets et autres festivals à prix et de tout ce qui fait du milieu de l’art un simple marché concurrentiel.

Face à un état du monde que nous rejetons, nous débordons d’imaginaire et d’inventions pour en créer d’autres.
Et nous ne sommes pas seul
​·e·​s.

Il y a trois siècles, des marins révoltés se rassemblaient sur une île des Bahamas et y fondaient un port libre, où l’on pouvait coexister en paix, débattre pour inventer de nouvelles règles et s’unir quand il le fallait. C’était Nassau, la République de Nassau. Une fédération de groupes libres mais unis en esprit. Et c’est sur ce modèle que nous, pluralité de compagnies et d’individus travaillant dans le secteur du spectacle vivant, choisissons de nous réunir.

Qu’est-ce que

la Fédération ?

 

C’est un équipage hétéroclite

C’est une réunion d’individus et de structures libres, aux opinions et modalités d’action variées, pourtant réuni·e·s sous un même étendard : celui de la solidarité dans la création.

 

C’est une alternative concrète

Un réseau d’entraide, de production et de diffusion artistique qui ne répond pas aux logiques de concurrence, de précarité, de marchandisation et d’isolement actuelles. Une mise en lien des initiatives locales sur l’ensemble du territoire national. La lutte pour une amélioration de nos conditions de travail. Une affirmation que la solidarité, c’est intelligent, et que ça marche.

 

C’est un laboratoire

Un espace pour l’invention de nouvelles façons de pratiquer et de vivre notre art.

Un lieu d’éducation et d’enrichissement mutuel pour devenir ensemble des citoyen·ne·s-artistes.

Un territoire libre pour qu’émergent d’autres manières de faire groupe et société.

 

C’est une force

Celle de notre corps de métier parlant d’une seule voix pour dialoguer et négocier avec syndicats, administration publique, institutions (publiques comme privées).

Celle de nos volontés mises en commun pour lutter sans relâche et bouleverser en profondeur le système actuel.

 

C’est un quartier général

Celui de nos poésies et de nos joies.

Le lieu d’invention de nos nouveaux récits.
Ceux qui s’écrivent avec la certitude que la révolution se fait aussi par l’imaginaire, et que le premier territoire de combat, c’est le rêve.

Rassemblons nos navires éparpillés, nos équipages bigarrés, nos vaisseaux de bric et de broc, et constituons notre flotte.
Sortons nos étendards, cousons-les ensemble et déployons notre bannière pirate !

À qui s’adresse la Fédération ?

 

À tout individu indépendant, structure artistique ou collectif qui veut en être, et qui est prêt·e à retrousser ses manches et à donner autant qu’i-e-l reçoit.

Comment nous rejoindre ?